À Lyon, les mètres carrés se font rares, presque aussi convoités qu’un ticket pour un match de l’OL un soir de derby. Derrière l’image d’une ville prospère, hyperactive, les entreprises se heurtent à un mur bien concret : celui du manque d’espace logistique. Le phénomène n’épargne pas Marseille, où la vitalité du transport logistique à Marseille témoigne d’un tissu économique dense. Mais à Lyon, le casse-tête prend une ampleur particulière. Les sociétés spécialisées dans la logistique cherchent désespérément de quoi stocker, préparer, expédier. Elles ont besoin de vastes entrepôts, adaptés à la diversité des flux et des marchandises. Et ces espaces… s’évaporent sous leurs yeux. Certaines initiatives émergent pour tenter d’apaiser la pression, mais la bataille fait rage.
Une pénurie qui grippe toute la chaîne
À Lyon, trouver un entrepôt de stockage ressemble à une lutte acharnée plus qu’à un simple dossier à gérer. Les sociétés arpentent le marché, enchaînent les visites, s’épuisent dans des négociations qui n’aboutissent pas toujours. Paredes, ancrée dans la région depuis des années, a mis des mois à dénicher les 20 000 mètres carrés dont elle avait besoin. Entre délais à rallonge et compromis peu attractifs, le parcours relève parfois de la course d’obstacles. Beaucoup d’acteurs moins chanceux se retrouvent coincés, faute de surfaces disponibles. Le service développement économique de la métropole s’est vu contraint de revoir ses stratégies, histoire de desserrer, même légèrement, l’étau qui se resserre autour des logisticiens.
La poussée de la logistique à Lyon
Pourquoi la demande flambe-t-elle ainsi ? Plusieurs dynamiques se croisent, mais l’essor de l’e-commerce pèse lourd. À chaque lancement d’un nouveau site marchand, ce sont des volumes physiques qu’il faut gérer, stocker, expédier. Impossible d’ignorer ce bouleversement dans les pratiques des entreprises, qui cherchent à louer ou acquérir des espaces conséquents autour de Lyon.
Pour prendre la mesure de cette pression immobilière, quelques situations résument l’intensité de la concurrence :
- Les géants du commerce en ligne comme Vente privée, Ldlic ou Spartoo ont installé leurs plateformes logistiques aux abords immédiats de la ville, captant des milliers de mètres carrés indispensables à leur expansion.
- Quand Amazon dresse un entrepôt XXL de 160 000 m², la donne change pour tout le bassin lyonnais : en un coup de pelleteuse, les disponibilités fondent, laissant de nombreuses PME sans solution rapide.
Face à ce déficit d’entrepôts, les entreprises locales ont tenté de s’adapter à marche forcée. Initiatives publiques, montages privés, divisions de lots : chaque recours apporte un peu de répit mais ne règle rien sur la durée. Quand un nouvel espace se libère, la nouvelle se répand instantanément et la compétition s’engage. Signe des temps : décrocher un bail de quelques milliers de mètres carrés est vécu comme une victoire décisive. Un phénomène qui bouscule les habitudes d’aménagement, bouleverse les prévisions de tous les acteurs, collectivités comprises. Sur les bords du Rhône ou au détour d’une friche industrielle, Lyon s’affirme chaque jour comme le théâtre d’une rivalité féroce pour quelques mètres carrés de plus. Demain, nul doute que le moindre espace disponible attisera, encore et toujours, cette même fébrilité collective.



