En 2023, IBM annonce la mise à disposition commerciale d’un ordinateur quantique de 433 qubits, mais conserve le contrôle total des composants matériels et logiciels. Un consortium européen, quant à lui, investit massivement dans des plateformes collaboratives où la propriété intellectuelle reste partagée entre partenaires publics et privés.
Les brevets déposés par les géants du secteur s’accumulent, tandis que les gouvernements imposent des restrictions sur l’exportation des technologies sensibles. Plusieurs universités revendiquent la paternité de certains algorithmes, alors que leurs prototypes sont hébergés sur des infrastructures appartenant à des entreprises privées.
L’ordinateur quantique aujourd’hui : état des lieux de la recherche et des acteurs majeurs
L’ordinateur quantique a quitté les limbes des laboratoires pour entrer dans la sphère industrielle, où il attise toutes les convoitises. Sur le devant de la scène, IBM et Google font figure de chefs de file et dictent la cadence. L’annonce de l’ordinateur quantique commercial d’IBM, capable de manipuler plus de 400 qubits, a envoyé un signal fort au marché, tout en soulignant l’enjeu de l’indépendance technologique. Google, avec sa quête de suprématie quantique, s’appuie sur des architectures fondées sur la physique des supraconducteurs. Microsoft, de son côté, trace sa propre voie avec les qubits topologiques, tandis que D-Wave mise sur la technique du recuit quantique.
L’Europe ne reste pas spectatrice. À Paris, la start-up Alice & Bob mise sur le qubit “chat de Schrödinger”, qui promet une correction automatique des erreurs. Pasqal se distingue avec sa technologie basée sur les atomes neutres piégés par laser. Ces jeunes entreprises françaises, portées par des fonds publics et européens, nourrissent des ambitions mondiales et entendent bien rivaliser avec les ténors américains.
Le secteur, pourtant, reste morcelé. Les mastodontes comme IBM et Google protègent jalousement leurs infrastructures et ferment leurs écosystèmes. Face à eux, certains consortiums européens défendent la circulation des connaissances et la mutualisation des technologies quantiques. La question du partage des avancées, qu’il s’agisse d’algorithmes ou de brevets sur les puces quantiques, demeure un sujet brûlant.
L’affrontement s’étend aussi à la question des usages. Calcul intensif, cryptographie post-quantique, recherche médicale : les applications potentielles des systèmes quantiques alimentent des flux d’investissement toujours plus massifs. Les laboratoires publics, en France comme ailleurs, tentent de préserver leur autonomie face à la pression grandissante des entreprises privées.
Qui détient la propriété des ordinateurs quantiques ? Entreprises, États et laboratoires en compétition
En matière de propriété des ordinateurs quantiques, la partie se joue sur plusieurs tableaux, avec des règles mouvantes et des stratégies bien distinctes selon les acteurs. Les géants technologiques, IBM, Microsoft, Amazon (par l’intermédiaire d’AWS), Rigetti Computing, D-Wave Quantum, investissent des milliards de dollars pour imposer leur vision, verrouiller leurs architectures et protéger leurs brevets. Tout est stratégique : le matériel, les algorithmes, jusqu’à la chaîne d’approvisionnement des qubits. IBM, par exemple, garde la mainmise sur l’ensemble du processus, du design à l’exploitation. Microsoft, lui, préfère fédérer un réseau de partenaires autour de sa plateforme Azure Quantum.
Les États refusent de rester simples spectateurs. Aux États-Unis, le National Quantum Initiative Act injecte des millions de dollars dans la recherche, du fondamental à l’application. De son côté, l’Europe distribue ses millions d’euros du projet Quantum Flagship entre laboratoires publics, start-up et industriels. En France, Alice & Bob ou Pasqal bénéficient du soutien de l’État tout en gardant la main sur leurs brevets et prototypes. Dès qu’il s’agit de propriété intellectuelle, la tension monte lorsque les fonds publics côtoient les investissements privés.
Pour comprendre comment s’organise cette compétition, il faut distinguer plusieurs catégories d’acteurs :
- Entreprises privées : elles possèdent les plateformes et détiennent les brevets, ce qui leur donne le pouvoir de contrôler l’accès aux capacités de calcul.
- États : ils protègent leur souveraineté, orientent les flux financiers et imposent parfois des obligations de transfert technologique.
- Laboratoires de recherche : souvent à l’avant-garde des découvertes, ils tentent de préserver leur indépendance face à l’appétit croissant des industriels.
L’enjeu ne se limite pas à la fabrication de matériel. Les algorithmes quantiques, les solutions logicielles de sécurité et les interfaces deviennent autant de points névralgiques. Posséder un ordinateur quantique, c’est avant tout maîtriser toute sa chaîne de valeur, des qubits aux applications.
Enjeux technologiques et défis juridiques autour de la propriété quantique
L’ordinateur quantique cristallise des attentes immenses : optimisation industrielle, recherche de nouveaux traitements, cryptographie inviolable… Les perspectives dans l’énergie, la chimie, l’automobile ou la mobilité attisent la rivalité entre grands groupes et laboratoires publics. Mais la propriété ne se résume pas à l’acquisition d’une machine : elle implique une mainmise sur les qubits, les algorithmes, les solutions de sécurité.
Sur le plan juridique, la complexité s’intensifie à mesure que les technologies quantiques pénètrent l’économie. Les mastodontes comme IBM, Google ou Microsoft déposent des brevets à tour de bras, verrouillant architectures et méthodes de correction d’erreurs. Les start-up françaises, Alice & Bob ou Pasqal, évoluent dans un écosystème où la propriété intellectuelle façonne la concurrence. Les droits à répartir entre financeurs publics, universités et entreprises restent une source de tension constante.
| Acteur | Enjeu technologique | Défi juridique |
|---|---|---|
| IBM, Google, Microsoft | Développement de systèmes universels, optimisation des qubits | Dépôt massif de brevets, contrôle de l’accès aux plateformes |
| Alice & Bob, Pasqal | Recuit quantique, atomes neutres, correction d’erreurs | Valorisation des découvertes, gestion des licences |
| Laboratoires publics | Recherche fondamentale, expérimentation | Partage des droits entre partenaires |
La factorisation quantique en est un exemple frappant : elle met en péril la sécurité des systèmes cryptographiques traditionnels. Dès lors, la maîtrise de ces technologies ne se limite plus à un exploit scientifique : elle fait basculer l’équilibre entre propriété, secret industriel et contrôle des données sensibles.
Vers quelles avancées et collaborations se dirige l’informatique quantique ?
Sur le terrain de l’informatique quantique, la coopération s’accélère. Les géants comme Microsoft ou Atom Computing s’associent à des universités, à l’image de l’Université de Sherbrooke, pour avancer sur des architectures plus robustes et industrialiser la production de qubits. Cette multiplication de partenariats traduit une réalité : aucun acteur ne maîtrise à lui seul toutes les briques technologiques nécessaires.
Plusieurs initiatives, dont le programme Quantum Ready porté par des groupes internationaux, veulent préparer les acteurs industriels à l’arrivée des systèmes quantiques opérationnels. En France, Alice & Bob ou Pasqal s’allient au CNRS et à des instituts de recherche parisiens pour mutualiser leurs progrès sur les atomes neutres. Ce bouillonnement d’expérimentations rappelle l’époque pionnière des microprocesseurs, lorsque la frontière entre la science pure et les applications industrielles restait floue.
Voici quelques exemples d’axes de collaboration qui émergent aujourd’hui :
- Conception de puces quantiques universelles par des équipes mixtes issues de la recherche publique et de l’industrie
- Mise en commun de ressources de calcul entre fournisseurs de cloud et chercheurs
- Exploitation partagée des brevets sur les méthodes de correction d’erreurs
Face à l’éventualité d’une seconde révolution quantique, l’Europe renforce ses réseaux, que ce soit à Paris ou à Munich, pour ne pas laisser filer l’avance américaine. Georges-Olivier Reymond, le fondateur de Pasqal, l’a dit sans détours : il faut investir dans la recherche de pointe et encourager des écosystèmes ouverts, où la valeur des découvertes s’affirme sans pour autant basculer dans le monopole. Le véritable enjeu, c’est que la course à la propriété ne freine pas l’innovation, mais qu’elle l’alimente, pour façonner un futur qui se joue à la frontière du possible.


